Interview avec Fanette Bonnaric de l’association Forum Réfugiés
L’accès à la mobilité est un pilier fondamental de l’autonomie et de l’intégration sociale et professionnelle. Pourtant, pour de nombreuses personnes nouvellement arrivées sur le territoire, se déplacer efficacement et à moindre coût représente un défi majeur. C’est dans cette optique que l’ALEC Montpellier Métropole a formalisé un partenariat avec l’association Forum Réfugiés, une association reconnue qui œuvre pour l’accueil et l’accompagnement des personnes réfugiées.
Ensemble, nous assurons des permanences régulières Points Info Mobilité directement au sein de leurs locaux, offrant ainsi un accompagnement ciblé sur toutes les solutions de transport disponibles sur la Métropole et au-delà.
Nous avons rencontré Fanette Bonnaric, cheffe de service qui pilote le programme d’intégration des réfugiés, pour discuter de la manière dont la maîtrise des déplacements impacte positivement le parcours d’intégration, des défis spécifiques rencontrés par leur public, et de l’importance de rendre la mobilité à la fois durable et véritablement inclusive.
Pouvez-vous nous présenter l’association Forum Réfugiés ?
Forum Réfugiés est une association créée en 1982 dans la région lyonnaise. Elle intervient nationalement et principalement en PACA-Occitanie, Auvergne Rhône-Alpes, Corrèze, Limousin. Elle met en œuvre plusieurs dispositifs à destination des demandeurs d’asile et des personnes bénéficiaires d’une protection internationale. Ces dispositifs couvrent le premier accueil, l’hébergement ainsi que l’accompagnement vers l’intégration.
Elle conduit également des actions spécifiques en faveur des mineurs non accompagnés à Lyon et propose un accompagnement juridique dans les centres de rétention administrative.
L’association a également un centre de formation et de documentation, un service de plaidoyer et un service international qui développe des programmes pour collaborer avec certains pays d’origine ou de transit.
Sur l’Hérault, nous intervenons depuis 2018 pour mettre en place des programmes d’intégration en faveur des bénéficiaires de la protection internationale. Pour résumer, ce sont des personnes qui ont déposé une demande d’asile et qui ont obtenu une réponse positive. Ce sont des personnes qui disposent d’un titre de séjour stable et qui ne pourront plus retourner dans leurs pays d’origines, à priori, en raison de risques et de persécutions.
Dans le cadre de l’accompagnement global des personnes accueillies par Forum Réfugiés, quelle place ou importance accordez-vous à la question de la mobilité ? Est-ce un enjeu clé pour l’autonomie et l’intégration ?
Effectivement, la mobilité est un frein mais aussi un levier pour l’accès aux droits, au logement et à l’insertion socio-professionnelle. Nous accompagnons des personnes qui reconstruisent leur vie dans un contexte de migration forcé. Le fait d’être mobile permet d’accéder à davantage d’opportunités. Si l’on prend l’exemple du logement, le fait d’avoir accès à une offre indépendante des transports en commun peut permettre de trouver des logements moins couteux que sur la métropole de Montpellier.
Cela permet aussi de saisir plus facilement des opportunités professionnelles. Certains des bénéficiaires recherchent dans l’hôtellerie-restauration ou le bâtiment, parfois avec des horaires atypiques. L’autonomie de déplacement permet d’accéder à ce type de secteur. Les personnes souhaitent retravailler rapidement après leur arrivée et vont vers les métiers en tension qui demandent souvent de la mobilité. Devenir autonome sur la mobilité devient alors un atout professionnel et permet d’accéder à des offres d’emploi plus éloignées ou avec des horaires atypiques.
Plus globalement, la mobilité est une capacité de déplacement sur le territoire qui permet de conjuguer plusieurs aspects de la vie comme la culture ou le loisir. Donc plus de mobilité égal plus d’opportunités.
Quels sont les principaux obstacles ou les difficultés récurrentes que rencontrent les personnes réfugiées pour accéder et utiliser les solutions de mobilité sur le territoire de la Métropole de Montpellier ?
Nous pouvons citer la méconnaissance du fonctionnement des transports en commun et les difficultés d’utilisation liées aux compétences numériques nécessaires pour leur utilisation. Parmi les autres obstacles observés, il y a la linguistique et des capacités à se repérer dans l’espace pour pouvoir se saisir de l’offre de transport. Il faut chercher l’information des tarifs selon ses ressources. Même avec la gratuité dans la métropole, obtenir son pass n’est pas toujours évident. Il faut détenir les bons justificatifs de domicile par exemple, ce qui peut être plus compliqué avec nos publics qui peuvent présenter des attestations de domiciliation qui ne sont pas acceptées.
Ces démarches simples pour d’autres peuvent devenir très complexes si l’on n’a pas les documents et compétences. Pour le permis de conduire, des bénéficiaires qui en sont titulaires pourront l’échanger s’il y a des accords de réciprocités entre les pays. Mais un certain nombre n’y ont pas accès et doivent le repasser. Il peut donc y avoir des freins financiers et linguistiques, l’examen du code étant déjà compliqué pour des francophones.
Suivant les pays, les personnes n’ont pas l’habitude de pratiquer le vélo. On peut aussi retrouver un aspect de genre où dans certains pays les femmes ne font pas de vélo. Les bénéficiaires peuvent également craindre de se lancer passé un certain âge et des freins psychologiques peuvent apparaître. Notre public utilise pas mal les trottinettes avec un enjeu de sécurité qui intervient. Pour d’autres alternatives, ça ne colle pas toujours avec les compétences.
Cela peut sembler paradoxal, mais parfois quand on vient de très loin et avec les coûts et efforts de la migration dans des conditions complexes, on a un besoin de stabilité en arrivant sur le territoire. Cela peut être complexe de changer de commune ou de quartier après un long parcours migratoire et administratif. Il y a un fort coût psychologique à changer tous ses repères.
Le partenariat avec l’ALEC et la mise en place de permanences « Points Info Mobilité » est une approche concrète. Quel est l’intérêt de ce type de dispositif pour vos bénéficiaires et quels premiers retours d’expérience pouvez-vous partager ?
Pour nous c’est très utile, cela apporte une expertise fine que nous n’avons pas de manière si précise. Nous travaillons ces questions, comme pour tous les freins, mais nous ne sommes pas spécialistes.
Nous pouvons donc nous appuyer sur un professionnel qui prend le temps avec les personnes d’analyser leur besoins et d’effectuer les recherches nécessaires. Cela nous demanderait plus de temps sur des choses spécifiques, je pense notamment aux questions de handicap. C’est aussi intéressant car c’est un temps dédié à cette question avec un interlocuteur différent, cela leur expose différents points de vue.
C’est important que des acteurs travaillant sur le territoire de la métropole puissent donner une visibilité à ces publics. Cela permet un focus spécifique aux problématiques des publics, allophones notamment.
Au-delà du transport en commun, observez-vous un intérêt ou un besoin particulier pour d’autres modes de transport dits « durables » (vélo, marche, autopartage, etc.) au sein de votre public ? Si oui, comment les soutenez-vous ?
Ce sont des intérêts secondaires au moment où nous les accompagnons. Pour la plupart, il s’agit d’une logique de survie. La question de la mobilité durable vient plus tard. Cela devient pertinent dès lors que la question de l’emploi et du logement sont réglées.
Notre public est aussi plus enclin à aller vers des métiers sur les plateformes de livraison, le vélo ou la trottinette deviennent des outils de travail peu couteux. De manière concrète ce sont des préoccupations moindres que pour des héraultais implantés.
Si vous pouviez imaginer l’évolution idéale de l’offre ou de l’accompagnement à la mobilité pour les personnes réfugiées à Montpellier, quelle serait votre priorité pour les années à venir ?
Il faudrait favoriser l’accès au logement, et notamment faciliter l’accès aux zones moins tendues. La voiture est un élément central quand on s’éloigne du centre de la métropole et il y a une grande dépendance à celle-ci lorsqu’on envisage de vivre hors des centres urbains, au risque de limiter des opportunités.
Peut-être également faciliter l’accès au pass gratuité en termes de justificatif de domicile, ce serait plus simple pour les publics avec des domiciliations CCAS. L’idéal serait de prendre en compte des justificatifs moins habituels comme un justificatif de prise en charge par exemple.
Une difficulté reste sur le temps disponible. Dans un monde où les publics auraient plus temps, nous pourrions travailler les barrières psychologiques et les représentations liées à la mobilité. Les barrières psychologiques sont les plus fortes à lever car il y a un temps nécessaire d’appropriation de l’espace. Des personnes peuvent se sentir empêchées de se rendre à des endroits, cela peut être intéressant de travailler sur ces problématiques. Il y a aussi du travail sur le vocabulaire adapté au code de la route, et toutes les questions du financement du permis qui se rarifient.
Pour conclure, avez-vous un message à faire passer aux lecteurs et lectrices de notre newsletter sur l’actualité de Forum Réfugié et les défis majeurs qui façonnent votre quotidien ?
Si des professionnels travaillant avec des publics réfugiés rencontrent des difficultés pour appréhender certains aspects du statut ou des démarches à réaliser, ils peuvent nous contacter. Nous accompagnons les acteurs du droit commun à prendre en charge ces publics avec leurs spécificités linguistiques et administratives. Nous pouvons également accompagner ces acteurs sur une adaptation d’offre de services.
Un des défis serait par ailleurs de travailler sur des solutions de mobilité spécifiques avec des entreprises qui seraient intéressées par l’embauche de personne réfugiées.
Nous avons également développé notre offre de service. Le programme SAFIR (Soutien à l’Accompagnement des Femmes pour l’Insertion et la Réussite) propose une remobilisation pour les femmes réfugiées. A partir de 2026, nous allons mettre en place le PAM (Point Accès Montpellier) qui aura vocation à identifier les besoins d’accompagnement et à mieux orienter les bénéficiaires de la protection internationale vers des structures du droit commun.
Vous pourrez aussi nous retrouver à la journée mondiale des réfugiés qui se déroulera le 19 juin à la Halle Tropisme à Montpellier.
