Interview avec Arthur Touya, coordinateur à l’association Apije du programme Vélos-Egaux
Ce mois-ci, notre zoom sur un acteur local de la mobilité s’arrête sur l’Apije et son programme Vélo-Égaux, ou comment concilier inclusion et transition écologique.
Découvrons comment l’association accompagne les habitants des quartiers prioritaires de Montpellier vers une mobilité autonome et durable. Entretien avec Arthur Touya, coordinateur du projet.

Bonjour Arthur. L’Apije possède une expertise reconnue dans l’insertion par l’activité économique. Pourriez-vous nous présenter les missions de l’association et le périmètre d’action du programme Vélo Égaux ?
Bonjour ! Et oui à l’Apije, nous accompagnons les personnes dans leurs parcours d’insertion professionnelle. Nous avons pour cela de nombreux métiers qui travaillent au contact des publics :
- Des conseillers et conseillères en insertion professionnelle, qui accompagnent notamment les allocataires du RSA dans leurs démarches et leur projet professionnel,
- Des chargé·es de recrutement, qui mettent en lien des employeurs pro et particuliers, avec nos salarié·es en insertion,
- Des conseiller·es en mobilité inclusive, dans le cadre de nos plateformes mobilité, pour chercher des solutions et redonner de la mobilité aux personnes en difficulté.
- Des conseiller·es numériques, notamment dans le cadre des agences France Service que nous portons.
Tous ces métiers pour répondre à autant de problématiques vécues par nos publics.
Et finalement il y a moi, qui suis le monsieur Vélo de l’Apije ! Cela faisait sens pour l’Apije, de porter le programme Vélo-Egaux, car comme on l’a vu, nous sommes là pour aider les personnes pour un retour à l’emploi, en levant les freins. Le vélo est vu ici comme un outil pour l’émancipation, et pour faciliter les déplacements de nos bénéficiaires : formation, emploi, démarches,…
Nous sommes présents dans une grande partie de l’Est de l’Hérault : Sète, Clermont l’Hérault, Ganges, Montpellier, Jacou, Lunel.
Le levier de la mobilité, et plus spécifiquement celui du vélo, est devenu un axe central de votre accompagnement. Comment conciliez-vous aujourd’hui inclusion sociale et transition écologique au sein de vos projets ?
Avec le vélo, on a en effet la chance d’avoir un outil qui coche les 2 cases :
- Celle de l’inclusion, car le coût d’un vélo, à l’achat, à l’usage, et à l’entretien reste peu couteux et accessible au plus grand nombre ;
- Celle de la transition écologique, car on contribue, à notre échelle, à réduire le nombre de véhicules polluants.
Tous nos bénéficiaires viennent pour des raisons personnelles : gagner en autonomie, se déplacer plus rapidement au quotidien, se remobiliser… Mais nombreux sont ceux qui nous parlent aussi d’écologie, de pollution, sans que l’on oriente la conversation sur ce point ! C’est super motivant de voir que tout le monde se sent concerné.
Au-delà de la mise à disposition d’un vélo, comment accompagnez-vous concrètement les habitants des quartiers prioritaires vers une mobilité autonome ? Quelle est la promesse du programme en termes d’émancipation et d’accès à l’emploi ?
Le programme Vélo-Egaux c’est en effet bien plus qu’une distribution de vélo (qui est d’ailleurs loin d’être systématique). Notre mission, c’est de comprendre comment le vélo peut être une solution pour la personne, puis de lui proposer des séances adaptées à son niveau :
- Maîtrise du vélo, pour apprendre l’équilibre déjà, puis tous les gestes et réflexes à avoir avant de passer sur la route ;
- Code de la route « vu du guidon », pour découvrir les règles, et les subtilités à connaître pour circuler à vélo, en respectant le Code bien sûr, mais aussi et surtout, les autres usagers !
- Circuler en milieu cible, c’est-à-dire dans les rues, sur la route, accompagné par des animatrices et animateurs mobilité vélo ;
- Initiation à la mécanique, pour apprendre à réparer les petites pannes régulières sur un vélo.
Toutes ces séances sont faites avec les Vélo-Écoles partenaires du programme (Montpellier Languedoc Cyclisme, Le Vieux Biclou, Le Bonheur à Vélo à Montpellier, APS34 à Lunel, et l’Abeille Verte à Lodève).
Un programme très complet donc, qui a pour but de rendre les personnes autonomes dans leurs déplacements : savoir choisir un itinéraire à vélo, réparer une crevaison, circuler de façon sécurisée et respectueuse.
Et nous intervenons bien au-delà des quartiers prioritaires. Les gens qui souhaitent gagner en mobilité grâce au vélo, et qui ont peu de moyens, n’y sont pas cloisonnés.
Après deux ans d’immersion dans la métropole, quels sont les principaux freins identifiés qui empêchent encore certains habitants de se mettre en selle ? Observez-vous un changement de perception : le vélo est-il enfin perçu comme un outil de liberté plutôt que comme un marqueur de précarité ?
Tout d’abord, le vélo n’est pas forcément un marqueur de précarité. Dans les grandes villes comme Montpellier, il peut même être perçu comme tout le contraire.
La part modale du vélo est d’ailleurs inférieure dans les QPV, que dans l’ensemble du territoire !
Les principaux freins dans les quartiers prioritaires :
- Les distances à parcourir qui sont parfois grandes dans certains quartiers périphériques
- La chaleur durant une bonne partie de l’année
- Le coût de l’achat, mis en parallèle du risque de vol quand on n’a pas d’endroit où sécuriser son vélo
- L’impossibilité de mettre un vélo (non pliant) dans le tram
- La peur de l’accident pour les personnes qui ne sont pas à l’aise
Pour les deux premiers freins, le vélo électrique est régulièrement évoqué par les personnes, mais un constat persiste : une trottinette électrique reste plus accessible qu’un VAE !
Cependant certaines personnes que j’accompagne ont (ou ont eu) une trottinette électrique, mais en ont marre des pannes à répétition.
La réussite d’un tel projet repose souvent sur l’humain et la coopération. Auriez-vous un exemple d’un bénéficiaire dont le quotidien a été transformé ? Par ailleurs, comment la coopération avec les autres acteurs locaux renforce-t-elle l’efficacité de vos actions ?
Je pense immédiatement à plusieurs personnes :
- Un étudiant qui mettait 40 minutes pour aller à la FAC, et n’en met maintenant que 15,
- Une étudiante, qui grâce au vélo a pu trouver un petit boulot à coté de ses études,
- Une mère de famille qui a repris confiance en elle, et sort beaucoup plus grâce au vélo,
- Une personne qui avait des douleurs articulaires lors de la marche, et qui s’est remusclée avec la pratique du vélo.
Bien entendu, tout ça est possible grâce aux nombreux acteurs sur le territoire ! Nous avons la chance d’avoir un écosystème vélo très dynamique à Montpellier. Outre les Vélo-Ecoles que nous avons évoquées, on peut compter sur Lezprit Réquipe pour la fourniture de vélos, et la Métropole nous a aussi fournis quelques vélos l’an dernier pour nos bénéficiaires.
Les infrastructures ont été créées pour favoriser le vélo, mais c’est grâce aux associations que le vélo se démocratise : Vieux Biclou, Bonheur à Vélo, Montpellier Languedoc Cyclisme, Vélocité… Des assos et des citoyen·nes œuvrent chaque jour pour que le vélo soit accessible à tout le monde. Il faut les soutenir, car sans elles, nos belles pistes cyclables resteront peu utilisées par certains publics.
L’expérimentation est entrée dans sa dernière année : quelle suite est prévue pour Vélo Égaux ? Pour conclure, quel message ou information clé souhaiteriez-vous transmettre à nos lecteurs ?
Le programme Vélo-Égaux prendra fin en septembre 2026. Demain donc ! Mais nous avons encore quelques mois pour accompagner de nouvelles personnes, et pour prévoir la suite.
Notre but avec les assos partenaires du programme est de pérenniser cette belle action. Nous sommes actuellement en recherche de financement pour continuer à redonner de la mobilité à celles et ceux qui en ont besoin !
A bientôt sur les pistes cyclables !
